La biodiversité des îles fortement menacée par les changements globauxPublication scientifique

Sur l’île de Pico aux Açores, plus de 95% de la forêt native a été détruite par les activités humaines. © Paulo A. Borges

Changement climatique, changement d’usage des terres, invasions biologiques : l’exposition des écosystèmes insulaires aux changements globaux est d’une ampleur alarmante. Y compris ceux de la France, qui fait partie des 31 pays ayant une grande proportion d’îles fortement exposées à ces trois menaces combinées.

C’est ce que révèle une équipe de recherche internationale menée par des scientifiques du CNRS, de la Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité (FRB) et de l’Université de Pau et Pays de l’Adour (UPPA), publiée cet été dans la prestigieuse revue Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America (PNAS). 

Cette première évaluation globale de l’exposition des îles de plus d’un kilomètre carré aux changements globaux est le résultat d’un travail collectif effectué dans le cadre du projet RIVAGE, mené par le Centre de synthèse et d’analyse sur la biodiversité (CESAB) de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité et dirigé par Céline Bellard (Université Paris-Saclay) et Ana Benítez-López (Muséum national des sciences naturelles de Madrid). 

Portrait
François Rigal
Ce projet regroupe une équipe internationale de chercheurs, parmi lesquels figure François Rigal, maître de conférences au sein de l’IPREM (unité mixte de recherche UPPA/CNRS) et spécialiste en biogéographie insulaire et en analyse de données écologiques. Ces scientifiques collaborent depuis 2025 pour étudier la vulnérabilité des systèmes insulaires à l’échelle globale par l’analyse de différentes bases de données mondiales disponibles sur ces écosystèmes.

Alors qu’ils n’occupent que 7% de la surface terrestre, les écosystèmes insulaires constituent près de 20% de la biodiversité mondiale. Ils font face à de multiples pressions liées aux changements globaux en cours. Pourtant, les stratégies mondiales de conservation de la biodiversité négligent encore ces territoires.

L’étude révèle des chiffres alarmants : d’ici à 2050, 65 % des écosystèmes insulaires seront menacés majoritairement par le changement climatique ; 22 % subiront principalement les effets des changements d’usage des terres, en particulier dans le Pacifique (Micronésie et les Fidji), la mer Baltique, le golfe du Bengale et l’Asie du Sud-Est ; et 13 % seront surtout menacées par les invasions biologiques, un risque accru pour les îles tempérées comme celles d’Europe du Nord.

Des cartes permettant de prioriser les actions

L’équipe de recherche a également identifié les pays et régions les plus surexposés à ces risques au regard du nombre d’îles qui leur sont associées. La France comprend ainsi un nombre anormalement élevé de « points chauds d’exposition », c’est à dire des îles fortement exposées aux trois types de menaces, dont la Polynésie et certaines îles métropolitaines, ce qui la classe parmi les 25% des pays les plus exposés. Les Seychelles, le Bangladesh, la Chine, les Fidji, la Micronésie, le Danemark, la Suède, l’Inde et le Japon sont également concernés.

Face à ces constats, les auteurs appellent à renforcer la protection des îles des 31 pays identifiés comme abritant un nombre anormalement élevé de points chauds d’exposition en adaptant les stratégies locales.

La restauration d’écosystèmes et le développement d’aires protégées sont des exemples de solutions permettant à la fois de limiter les impacts du changement climatique et de réduire les opportunités d’établissement pour les espèces exotiques envahissantes. Les cartes d’exposition issues de ces travaux de recherche constituent des outils précieux pour prioriser les actions.

Planisphère
Exposition cumulée des îles aux changements globaux. Les îles d’Europe du Nord, de la Mer de Chine et du Pacifique comptent parmi celles ayant la plus forte exposition. © Clara Marino

L’équipe de recherche insiste également sur l’importance de développer des jeux de données complémentaires à ceux utilisés dans cette étude afin d’inclure d’autres menaces actuellement sous-représentées, comme la pollution (plastique, aux pesticides, ou lumineuse) et la surexploitation des ressources.

Ces résultats ont été obtenus grâce au croisement de plusieurs bases de données existantes et à la modélisation de données originales à l’échelle des îles du monde. Des modèles ont également été mis au point pour établir les scénarios prévisionnels pour 2050. Le niveau d’exposition des 16 578 îles analysées est représenté dans des cartes afin de visualiser facilement les territoires insulaires les plus menacés.

Couverture PNAS
Bibliographie

Global threat exposure of islands in a changing world. Marino, C., Philippe-Lesaffre, M., Coutinho Soares, F., Caetano, G., Etard, A., Butt, N., Capdevila, P., Irl, S. D. H., Leclerc, C., Lenoir, J., Patiño, J., Rigal, F., Benítez-López, A., & Bellard, C. PNAS, le 27 juillet 2026.