L’hydrogène naturel sera-t-il l’énergie renouvelable et décarbonée de demain?Isabelle Moretti est intervenue dans plusieurs colloques internationaux


Isabelle Moretti au colloque en ligne de Glasgow

Isabelle Moretti, chercheuse E2S UPPA (grand projet « Solutions pour l’Énergie et l’Environnement »), a été très sollicitée cette année pour ses connaissances sur l’hydrogène naturellement présent dans le sous-sol terrestre. Cette source d’énergie véritablement décarbonée suscite un certain engouement actuellement, y compris des investisseurs. Elle serait en effet abondante, renouvelable et facilement exploitable à moindre coût.

Après le premier congrès international sur l’hydrogène naturel en juin 2021 à Paris, Isabelle Moretti était invitée en novembre par l’Université de Glasgow puis au Sénat à Paris, avant de s’envoler pour la Colombie début décembre, pour présenter les avancées de la recherche dans ce domaine.

Colloque « L’hydrogène, vraie solution ou fausse piste ? » à Glasgow (Écosse)

En marge de la COP 26, l’Université de Glasgow organisait un colloque en ligne sur l’hydrogène le 10 novembre 2021, en partenariat avec la Fédération européenne des géologues et la Société géologique de Londres. Cet événement a réuni chercheurs et entrepreneurs pour discuter avec le grand public du rôle croissant de l’hydrogène dans la transition énergétique et environnementale. La première séance était consacrée au stockage à grande échelle de l’hydrogène dans le sous-sol, et la seconde à l’hydrogène naturel. Cette dernière était présidée par Isabelle Moretti.

L’hydrogène peut être fabriqué par l’homme à partir de méthane (hydrogène dit « gris »), mais c’est polluant, et à partir d’eau et d’électricité (hydrogène « vert »), mais cela coûte cher. Or on a découvert assez récemment que l’hydrogène était naturellement présent dans le sous-sol. On le qualifie d’hydrogène « blanc ». « Après des découvertes fortuites de plusieurs gisements, comme au Mali, aux États-Unis ou en Australie, l’exploration de l’hydrogène naturel suscite de nombreux espoirs », indique Isabelle Moretti. Ont ainsi témoigné lors de ce colloque des mineurs australiens et colombiens partageant leur expérience, mais également des investisseurs pour qui l’hydrogène naturel représente une valeur sûre pour l’avenir.

L’UPPA, via son Laboratoire des Fluides Complexes et leurs Réservoirs (LFCR) auquel appartient Isabelle Moretti, joue un rôle particulier dans la recherche sur la compréhension des phénomènes qui conduisent à la génération permanente d’hydrogène naturel. Ainsi, celle-ci se produit en grande partie par réduction de l’eau : « Les roches s’oxydent au contact avec l’eau (H2O), gardent l’oxygène (O) et libèrent l’hydrogène (H2). Cet hydrogène est donc renouvelable et économique. A condition de pouvoir l’exploiter. A l’heure actuelle les industriels sont donc friands d’informations à ce sujet. »

Selon Isabelle Moretti, il reste en effet une inconnue : le « quand », ou plutôt à quelle vitesse l’exploitation à grande échelle pourra se mettre en place. Il va falloir notamment adapter le droit minier dans les pays où l’hydrogène n’entre encore dans aucune catégorie permettant de demander un permis d’exploration ou de production.

Visionner la 2e séance du colloque de Glasgow sur l’hydrogène

Rencontre France/Islande au Sénat à Paris

Isabelle Moretti a ensuite participé à une rencontre sur les développements en France et en Islande dans le secteur de l’hydrogène vert, organisée par la CCI France International et le « Groupe interparlementaire d’amitié France - Europe du Nord » du Sénat.

L’Islande, pionnière dans l’utilisation d’énergies renouvelables, souhaite en effet devenir le leader mondial de l’hydrogène. Ce colloque rassemblant 200 personnes au Palais du Luxembourg s’est tenu en présence du président islandais G. Johannesson, des deux ambassadrices et des principaux acteurs professionnels du secteur (France Hydrogène, Engie, le CEA, Air Liquide, Airbus…).

A cette occasion, Isabelle Moretti a présenté les travaux de l’équipe du LFCR, en particulier ceux de Valentine Cambaudon, désormais en thèse en cotutelle UPPA-IFP Énergies Nouvelles, sur le contenu en hydrogène des centrales géothermiques islandaises, en collaboration avec l’université de Reykjavik. Les résultats montrent la possibilité d’une production d’hydrogène généré journellement en profondeur, avec la vapeur, par interaction eau/roche, et actuellement relâché dans l’atmosphère.

Il faudra donc surveiller de près les évolutions de ce secteur prometteur. Et Isabelle Moretti de conclure en riant : « J’ai même été sollicitée pour des projets sur la Lune ! »

Visionner la vidéo intégrale du colloque franco-islandais sur l’hydrogène vert au Sénat