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Université de Pau et des pays de l'Adour

Stress au travail et TIC

Article de vulgarisation scientifique sur un sujet d'actualité écrit par Thierry Venin, doctorant à l'école doctorale des sciences sociales et des humanités de l'UPPA.  Paru dans Pyrénées presse, le samedi 4 avril 2009 et samedi 11 avril dans « l’Eclair » et « La République » dans la rubrique Débat et opinion… 

"Stress au travail et TIC (techniques de l’information et de la communication)
« Pendant que nous sommes chez les hommes, pratiquons l'humanité» (Sénèque)

Le dialogue social européen, au sein duquel coopèrent les organisations patronales, syndicales et les pouvoirs publics, constitue le principal organe par lequel les partenaires sociaux contribuent à définir les normes sociales européennes.

L’accord conclu le 8 octobre 2004 a fait de la lutte contre le stress au travail un objectif prioritaire de l’Union en matière sociale et sa traduction dans les lois nationales s’impose à chaque Etat membre.

C’est dans ce cadre que le rapport sur «la détermination, la mesure et le suivi des risques psychosociaux au travail » remis au Ministre du Travail le 12 mars 2008 déclenche une belle tempête médiatique et sociale, comme si cette question était trop longtemps restée taboue.

Il est vrai que les premiers chiffres communiqués tant par le Ministère que par le Bureau International du Travail ou encore l’INRS et la CNAM sont impressionnants, autorisant au moins un premier diagnostique unanime : le stress au travail constitue une véritable « pandémie ».

Le stress serait en effet responsable de 50 % de l'absentéisme ; d’environ 3000 décès par an ; de 3.5 millions de jours d’arrêt de travail ; de dépressions, suicides, maladies cardio-vasculaire, troubles musculo-squelettiques, maladies de peau, gastrites, insomnies, alcoolisme...

Les premières estimations officielles du coût social traduisent l’ampleur de cette pandémie : 3 à 4% du Produit Intérieur Brut soit environ 60 milliards d’euros ou encore l’équivalent de 5 à 6 fois le déficit annuel de la sécurité sociale.

Un aspect de cette pandémie nous semble peu identifié : c’est la part que pourraient y prendre les techniques de l’information et de la communication. Ces fameux TIC dont on parle beaucoup sans généralement les considérer avec un recul suffisant.

Le paysage professionnel a en effet été bouleversé si vite et si profondément en 2 ou 3 décennies que notre perception de ce changement est confuse. Pourtant, la généralisation de l’ordinateur à partir des années 80, suivie de sa mise en réseau planétaire à partir des années 90, constitue l’une des mécanisations les plus rapides et les plus massives de l’histoire de l’humanité. Ce « nouvel âge » a accompagné la domination rapide du secteur tertiaire dans les sociétés occidentales de l’après-guerre, au point que ce secteur occupe désormais près de 80% de nos économies.

Mais cette informatisation massive masque une intensification technologique continue sans précédent en termes de possibilités, d’évolutivité, de rapidité. Les supports se diversifient, se miniaturisent, communiquent entre eux, deviennent nomades.

C’est d’abord le volume d’informations qui frappe. La moindre petite carte mémoire de la taille d’un timbre poste qui équipe mon téléphone portable ou mon appareil-photo numérique peut embarquer 200 fois l’œuvre complète de Shakespeare ; la capacité d’un petit disque dur externe s’exprime en Téraoctets et stocke l’équivalent de 50 000 arbres transformés en journaux et stockera demain la totalité des volumes de la bibliothèque du Congrès américain.

L’accélération des temps de traitement est ensuite équivalente à l’augmentation des capacités de stockage, entraînant le « big-bang » numérique actuel. On exprime cette mesure en millions d’instruction par seconde, les super calculateurs actuels étant capables d’en traiter 1015 (soit un million de milliards d’instruction par seconde) au sein du grand maillage mondial que tisse Internet.

Et l’homme dans tout ça ? C’est pourtant avec nos cerveaux de chasseurs-cueilleurs que nous entrons dans l’ère numérique !

Un temps électronique s’instaure où les processeurs parlent aux processeurs, où l’homme finit par sembler être un « bogue » trop lent entre deux ordinateurs ; où les sollicitations électroniques continues favorisent l’émergence d’un homme immédiat, réactif, sans passé ni perspectives.

Le travail passe à la maison et la maison au travail. Tout devient urgent et nécessairement important, il n’y a plus de priorisation des tâches.

Aujourd’hui, un cadre reçoit en moyenne 85 emails quotidiens (sans compter les « pourriels ») : cela représente une sollicitation électronique toutes les deux minutes. Comment dès lors travailler sereinement en fonction d’objectifs clairs, comment prendre un peu de distance réflexive et stratégique ou encore comment se concentrer une heure ou deux sur un dossier complexe ?

Au temps maîtrisé qui prévalait dans les organisations à l’époque du papier succède un temps fractionné caractérisé par des sollicitations hétérogènes. Le culte de l’urgence et de l’immédiateté télécommunicationnelle se répandent, les perspectives s’écrasent, la notion de projet se perd.

Oui, une partie des contraintes de vitesse et de productivité peuvent être qualifiées d’objectives et s’imposent réellement aux organisations. C’est par exemple le cas d’une chaîne logistique « RFID » (puces radio) comme celle que met en œuvre Airbus, où le temps électronique va nécessairement s’imposer. Mais il existe aussi une importante sphère de contraintes surajoutées, généralement confondues avec les premières et qui pourraient utilement être maîtrisées et évitées. Il paraît en effet nécessaire et possible d’introduire une approche pragmatique des TIC au service de l’homme dans l’organisation. Notre recherche poursuit l’objectif d’élaborer des mesures visant à mieux asservir les techniques au service des projets humains et de leur temps long. Avec pour conséquence d’aider à décroître le stress de l’homme au travail, pour le plus grand bénéfice de tous, individus et organisations."

Thierry VENIN, chercheur doctorant sous la direction du professeur Francis JaurÉguiberry sur le thème «Maîtrise des flux TIC au niveau du poste de travail dans le secteur tertiaire. » au sein du laboratoire SET (CNRS-UPPA)

 

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