Pau - Histoire : prix spécial d'une revue internationale portugaise au jeune enseignant-chercheur, Victor Pereira
Victor Pereira, maître de conférences en histoire contemporaine à l’Université de Pau et des Pays de l’Adour, chercheur dans l’équipe Identités, territoires, expressions, mobilités (ITEM) depuis septembre 2010, vient de remporter le prix spécial de la revue Análise Social.
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| Victor Pereira |
Cette revue, fondée en 1963, est la plus ancienne et la plus prestigieuse revue de sciences sociales au Portugal. Un jury international, composé de chercheurs confirmés, récompense depuis 2009 le meilleur article publié par la revue, l’année écoulée. Elle décerne également un prix spécial pour le meilleur article rédigé par un jeune universitaire.
L’article primé défend l’idée que la forte émigration portugaise qui s’est dirigée vers la France de 1957 à 1974 a contribué à l’émergence de politiques sociales lors des dernières années de la dictature de l’Estado Novo. Face au « vote par les pieds » de centaines de milliers de Portugais, les élites de la dictature ont essayé d’améliorer les conditions de vie de la population pour réduire ce mouvement migratoire. Cette émigration a également favorisé l’insertion de hauts fonctionnaires portugais dans les communautés épistémiques internationales dédiées à la protection sociale. Victor Pereira prend le contre-pied de la thèse élitiste selon laquelle les mesures sociales prises dans les dernières années du régime autoritaire résultent simplement d’une concession magnanime des dirigeants, sans qu’il y ait eu de pression populaire. La protestation, étant réprimée à l’intérieur du pays, s’effectuait par le biais de la mobilité, qui était loin d’être apathique.
Cet article s’inscrit dans la continuité de la thèse de doctorat soutenue par Victor Pereira en 2007, à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris. Cette thèse, dirigée par Serge Berstein, porte sur l’Etat portugais et les Portugais en France, de 1957 à 1974. Entre 1957 et 1974, près de 900 000 Portugais émigrèrent en France. Plus de la moitié de ces migrants entrèrent en France clandestinement, sans-papiers. Ils traversaient irrégulièrement la frontière franco-espagnole puis, à partir des Pyrénées-Atlantiques, se dispersaient dans tout l’hexagone. Cette thèse cherche à comprendre comment l’Etat, dirigé par António Oliveira Salazar, puis par Marcelo Caetano, a géré cet énorme flux migratoire dont les conséquences économiques, sociales, politiques, culturelles et diplomatiques furent nombreuses.
Depuis septembre 2010, Victor Pereira articule ses recherches avec celles menées depuis plusieurs années par l'équipe ITEM.
Avec Laurent Dornel, il poursuit les travaux pionniers initiés par Adrian Blazquez sur l’émigration Basco-Béarnaise en Argentine à partir du 19ème siècle. Adrian Blazquez qui vient de publier les notes de voyage rédigées par Alexis Peyret - ce célèbre Béarnais qui s'exila en Argentine à la suite du coup d'Etat de Louis-Napoléon Bonaparte - lors de son voyage en Europe de 1889-1891. Les recherches sur ce flux migratoire s’inscrivent dans le cadre d’un projet de recherche financé par le Conseil général des Pyrénées-Atlantiques.
Des enseignants-chercheurs de l’équipe ITEM, en partenariat avec des professeurs de l’université de Saragosse, élaborent actuellement un programme de recherche portant sur les migrations entre l’Aquitaine et l’Aragon. Toutes ces recherches visent, en somme, à saisir dans la longue durée la complexité des flux migratoires dans les pays de l’Adour, région à la fois de départs et d’arrivées mais aussi de passages.







