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Pau - TIC : projet de recherche DEVOTIC du laboratoire Société environnement et territoire (SET)

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Le programme de recherche DEVOTIC (déconnexion volontaire aux technologies de l’information et de la communication) mené au sein du laboratoire de recherche SET (CNRS-UPPA) cherche à comprendre pourquoi et comment certains usagers se déconnectent volontairement des technologies de l’information et de la communication.

Francis Jaureguiberry

En vingt ans, les technologies de l’information et de la communication se sont développées à une vitesse incroyable, touchant tous les aspects de notre vie quotidienne. Que faut-il retenir de cette révolution technologique ?
Le développement des TIC a généralement été accompagné par une opinion très positive à leur égard. En dehors du secteur économique et professionnel, où elles sont devenues les outils indispensables du raccourcissement des délais, de l’accélération des rythmes et de la généralisation de la simultanéité dans un environnement de chrono-compétitivité généralisée, les TIC ont rencontré un immense succès dans le grand public. Elles permettent en effet de répondre (en partie évidemment) à un désir vieux comme l’humanité, celui d’ubiquité, et à un fantasme vieux comme l’individu, celui du contact permanent avec les êtres aimés. Ubiquité, immédiateté et permanence par-delà le principe de réalité de ce monde qui sépare, éloigne et isole : les TIC ont été des outils quasi magiques pour la génération qui les a découverts. Ce nouveau monde d’interconnexion généralisée n’a toutefois de sens que si les interlocuteurs, au bout du fil et des ondes, répondent ! D’où l’injonction à laquelle nous sommes tous de plus en plus soumis de rester constamment connecté, à l’écoute et réactif. Une connexion permanente synonyme d’immédiateté, de sécurité, d’ouverture et d’évasion, mais aussi d’informations non désirées, d’appels intempestifs, de surcharge de travail, de confusion entre urgence et importance, de nouvelles addictions et de contrôles non autorisés, la sécurité des uns se faisant aux dépens de la surveillance des autres. Après une période euphorique et une célébration quelque peu technologiste (la technologie au secours de la société), nous en sommes arrivés au point où certains aspects négatifs commencent à être très sérieusement pris en considération.

Entretien avec Francis Jaureguiberry, enseignant-chercheur en sociologie, directeur du laboratoire SET.

Pouvez-vous nous expliquer à quoi vous vous intéressez dans ce programme ?
Le programme porte sur les conduites de refus non pas des technologies elles-mêmes, mais de certaines de leurs utilisations, en particulier celles qui conduisent à des excès, au branchement continu et à de l’addiction et ainsi que celles qui visent à une surveillance, à une géolocalisation et à un contrôle à distance non désirés. Si le thème des non-usages ou du refus technologique a bien été étudié, en particulier à travers le problème de la fracture numérique, les études portant sur les usagers très actifs des technologies cherchant à maîtriser le flux informationnel dont ils sont l’objet, en particulier par des conduites de déconnexions partielles et volontaires, restent marginales. Pourtant, les pratiques visant par exemple à préserver ses propres temporalités et rythmes face à une mise en synchronie universelle synonyme de simultanéité, à réintroduire l’épaisseur du temps de la maturation et de la réflexion là où le heurt de l’immédiat et de l’urgence oblige à réagir trop souvent sous le mode de l’impulsion, ou à défendre son anonymat et sa sphère privée dans une société de plus en plus transparente, se multiplient et la presse s’en fait désormais régulièrement écho. Il s’agit donc maintenant d’en rendre scientifiquement compte.


Comment étudiez-vous cela ?
Dans un premier temps, nous sommes en train de recenser systématiquement les différentes formes de déconnexions aux technologies de l’information et de la communication afin d’en décrire les formes, en mesurer l’importance et surtout en cerner les raisons et en comprendre les enjeux. Ce n'est pas le refus de ces technologies, la non-connexion ou le non-usage qui nous intéresse, mais les déconnexions partielles, éphémères et volontaires d’utilisateurs actifs de ces technologies. En un second temps, nous ferons fonctionner ces conduites comme des révélateurs : qu’est-ce que ces déconnexions nous apprennent de notre société hypermoderne et nous révèlent du monde hyper connecté dans lequel nous entrons ? Peut-être déboucherons-nous sur le repérage d’enjeux organisationnels et sociétaux autour de ces thèmes et dont les acteurs pourront s’emparer, ce qui est le but de toute bonne sociologie… Le but de ce projet est en définitive de dégager une connaissance active des conduites visant à une meilleure maîtrise des flux de communication afin d’éviter les écueils auxquels pourrait conduire une connexion permanente incontrôlée.


Qui travaille dans le cadre de ce programme de recherche et qui le finance ?
DEVOTIC est un vaste programme de recherche financé par l’ANR (Agence Nationale de la Recherche) et réunit des chercheurs de cinq laboratoires : le GRICO (Groupe de recherche interdisciplinaire en communication organisationnelle) de l’université d’Ottawa, le LCS (Laboratoire de changement social) de l’université de Paris 7, le LISST (Laboratoire interdisciplinaire solidarités, sociétés, territoires) de l’université de Toulouse 2, le MIACA de l’université de Bordeaux 2 et le laboratoire SET de l’UPPA.

Quel est votre rôle dans ce programme ?
Je suis le concepteur et le coordinateur de cette recherche et le laboratoire SET en est le principal bénéficiaire.


Contact : francis.jaureguiberry@univ-pau.fr

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