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Université de Pau et des pays de l'Adour

Pau - SET : le regard des chercheurs sur la réappropriation des berges du Gave dans l’agglomération paloise

Le regard des chercheurs sur la réappropriation des berges du Gave dans l’agglomération paloise : révéler la parole et l’expérience des visiteurs. L'équipe du laboratoire SET (Société, environnement, territoire), concernée par ce projet, répond à nos questions.

Sylvie Clarimont, vous êtes responsable du programme Patrimonialisation des espaces fluviaux urbains et expérience des visiteurs. Une approche comparée à partir de l’analyse de cas dans le Sud-ouest européen. Dans quel contexte s’inscrit-il ?
"Depuis une grosse dizaine d’années, de nombreuses villes ou intercommunalités se soucient de promouvoir de nouvelles formes de développement urbain plus durables et d’améliorer leur cadre de vie. Une des voies explorée se penche en particulier sur le réaménagement de leurs espaces fluviaux et notamment leurs berges. A l’échelle régionale, l’exemple de Bordeaux est souvent cité.
Les grandes opérations de reconquête des fronts d’eau des années 1980 et 1990 étaient souvent guidées par une logique économique de réaffectation de parcelles urbanisables. Elles ont fait l’objet de nombreuses publications dans le champ des sciences humaines et sociales. En revanche le mouvement actuel de patrimonialisation d’espaces naturels urbains par des agglomérations de taille plus modeste demeure peu exploré. De même, la place du tourisme et des touristes dans ce processus est rarement étudiée malgré le potentiel touristique des espaces fluviaux urbains.
Notre projet de recherche, financé par la communauté d’agglomération Pau-Pyrénées, se propose donc d’interroger les mutations de la relation ville / nature en se centrant sur le rapport des visiteurs à des espaces fluviaux en cours de patrimonialisation. Il vise à mettre en évidence sous quelles conditions la patrimonialisation des espaces fluviaux urbains peut contribuer à consolider la notoriété des espaces urbains et à renforcer leur attractivité touristique."

Pouvez-vous nous expliquer davantage ce que signifie le terme de patrimonialisation ?
"En portant un nouveau regard, en se réintéressant à ces espaces fluviaux longtemps délaissés et en leur attribuant de nouvelles fonctions et de nouvelles valeurs, ces derniers deviennent des éléments du patrimoine autant pour les décideurs, les habitants que pour les visiteurs. Pour décrire cette dynamique – actuellement en cours dans l’agglomération paloise – les chercheurs utilisent le terme de processus de patrimonialisation. En dehors du monde de la recherche, les élus, les techniciens et la plupart des acteurs locaux utilisent plus volontiers le terme de valorisation des berges."

Kildine Leichnig, vous êtes doctorante dans le cadre de ce programme. Comment procédez-vous concrètement pour mener cette recherche ?
"Nous tentons de répondre à des questionnements du type : quelle est la place du tourisme dans le processus de patrimonialisation (parfois en cours) des espaces fluviaux urbains des villes de Pau et de Saragosse ? Quelle est l’expérience vécue par les visiteurs de ces nouveaux espaces de nature en ville ?
Les visiteurs constituent notre porte d’entrée sur ces questionnements. Nous partons de l’hypothèse que le visiteur est à la fois un observateur attentif mobilisant ses sens (vue, ouïe et odorat) lors de la visite mais également un « usager compétent » des espaces publics dont la parole est digne d’être prise en considération. Qu’il parcoure isolément ou en groupe ces espaces, qu’il les découvre dans le cadre de visites libres ou de circuits guidés, le visiteur est sensible à l’architecture des espaces publics fluviaux, aux ambiances mouvantes, aux sons, aux jeux de lumière (naturels ou artificiels)… En revanche, cette expérience demeure souvent de l’ordre du non-dit non pas tant parce qu’elle n’est pas dicible mais plutôt parce qu’elle n’est pas jugée digne d’être racontée. Nous cherchons à faire émerger ce qui est habituellement tu, en donnant la parole aux visiteurs grâce à la mobilisation de techniques d’enquête fondées sur l’utilisation de supports visuels."

Où en sont vos enquêtes de terrains ?
"Le terrain palois est quasiment terminé. Nous avons rencontré 120 personnes durant l’été 2012. Promeneurs, sportifs, kayakistes, pêcheurs, flâneurs, etc., habitants ou touristes ont été sollicités durant leurs activités sur les berges du Gave, entre Mazères-Lezons et les lacs de Laroin, les limites du parc naturel urbain du Gave de Pau. Après quelques questions, nous leur avons demandé de réagir et commenter des séquences vidéo d’une dizaine de secondes chacune, appelées « photo-sonore ». La vidéo présentée ici en est une compilation. L’expérience doit être poursuivie à Saragosse dans l’optique d’une comparaison. Ce sera l’occasion de voir si nos voisins seront aussi réceptifs et disponibles. En effet, quelque soit le temps accordé, l’intérêt porté et suscité par le sujet et le support vidéo a contribué à rendre la rencontre plus riche. De nombreuses personnes ont facilement partagé des sentiments parfois intimes sur leurs liens et leurs rapports au Gave dans toutes ses dimensions. D’ores et déjà, nous savons que l’utilisation dans le cadre de recherches du support vidéo, facilite la rencontre et est un outil particulièrement fructueux. Ces paroles recueillies se situent au cœur de nos analyses et de notre démarche."