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Université de Pau et des pays de l'Adour

Bayonne - Littérature : colloque "Emile Benveniste et la littérature", les 2 et 3 avril 2013

Dans le cadre d'un projet à long terme qui vise à « Relire les concepts linguistiques » pour étudier et évaluer, à l'aune des recherches linguistiques contemporaines, la pertinence et l'impact de concepts qui ont fait date dans l'histoire de la pensée, Sandrine Bédouret (CRPHL de l’UPPA) et Chloé Laplantine (laboratoire HTL du CNRS) organisent un deuxième colloque Benveniste, les 2 et 3 avril 2013, sur le campus de la Nive (salle 41) à Bayonne, après deux journées consacrées à Saussure, dont les actes ont été publiés aux PUPPA dans la collection Linguiste et littérature.

Benveniste est peut-être le linguiste le plus lu par les littéraires. Il avait une grande connaissance de la littérature classique gréco-latine tout autant que celle de son temps. Les problèmes posés autour de la notion de discours et de l'appareil énonciatif sont des outils restés pertinents dans l'étude des textes littéraires. Enfin, la publication du manuscrit Baudelaire par Chloé Laplantine et des Dernières Leçons par J.-C. Coquet et Irène Fenoglio, ont relancé le travail de lecture du linguiste. Ce dernier avait amorcé en parallèle avec ses travaux sur les langues rares et anciennes un travail profond sur la signifiance de l'art. À la fin de son article « Sémiologie de la langue », Benveniste ouvrait la voie d’une « translinguistique des textes, des œuvres » (PLG, 2, p. 66). Précisément, dans cet article qui se termine par l’annonce d’un projet impliquant la littérature, Benveniste parle de la musique et des arts de la figuration, mais pas de la littérature, du moins pas de manière explicite. La question de la littérature est en fait présente, mais posée de manière non nommée comme un hiatus entre la « langue » et l’art :

"La signifiance de l’art ne renvoie donc jamais à une convention identiquement reçue entre partenaires. Il faut en découvrir chaque fois les termes, qui sont illimités en nombre, imprévisibles en nature, donc à réinventer pour chaque œuvre, bref inaptes à se fixer en une institution. La signifiance de la langue au contraire, est la signifiance même, fondant la possibilité de tout échange et de toute communication, par là de toute culture". (PLG, 2, p. 59-60).

Ce hiatus (implicite) trouve peut-être son écho à la toute fin de l’article lorsque Benveniste appelle à l’« ouverture d’une nouvelle dimension de signifiance, celle du discours » (Ibid., p. 66) afin de dépasser une linguistique strictement fondée sur la notion de signe : « En réalité le monde du signe est clos. Du signe à la phrase il n’y a pas transition, ni par syntagmation ni autrement » (Ibid., p. 65). Dans ce même article Benveniste faisait une brève allusion à Baudelaire, posant que « les parfums, les couleurs et les sons se répondent », « ʺces correspondancesʺ ne sont qu’à Baudelaire et organisent son univers poétique » (p. 61). Cette référence apparaît en fait comme un indice de ce grand travail qu’il avait entamé à propos de la « langue de Baudelaire », travail critique du structuralisme ambiant, faisant du poème le point de départ d’un renouvellement de toute la linguistique.

Ce colloque fera le point sur les plus récentes avancées. Il s’organise en trois demi-journées où les intervenants investiront les questions de l’énonciation, les travaux de philologie et de grammaire comparée, la poétique inachevée de Benveniste à travers le manuscrit Baudelaire. Il s’adresse aux étudiants de L3, de master, aux enseignants et chercheurs. Parmi les intervenants, nous comptons les plus grands spécialistes de linguistique et de poétique : Michel Arrivé, Gérard Dessons, Alain Rabatel, Daniel Delas, Georges-Jean Pinault, entre autres…