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Université de Pau et des pays de l'Adour

Pau - Société, Environnement et Territoire - AMAP, marchés, vente sur Internet : comment évolue l’agriculture de proximité en Béarn ?

 
Julien Chavanel, vous êtes géographe, en troisième année de thèse au laboratoire SET, Société, Environnement et Territoire. Quel est l’objet de votre recherche ?
 
Cela fait quelques années qu’on observe en France l’émergence de circuits courts alimentaires. Cette dynamique est particulièrement marquée en Béarn en ce qui concerne les AMAP (associations pour le maintien de l’agriculture paysanne) où se sont montées une quarantaine de ces structures. Mais les circuits courts ne concernent pas que les AMAP, il existe bien d’autres types de circuits courts.
 
Qu’est-ce qui vous a amené à travailler sur le monde agricole ?
 
Les questions de proximité, en particulier dans le monde agricole, ont gagné une audience particulière au cours de la dernière décennie, tant dans le monde scientifique que dans celui des politiques locales. On observe en effet que les consommateurs recherchent non seulement une qualité gustative et sanitaire de leur alimentation, mais aussi un rapprochement social avec le producteur.
C’est une nouvelle logique agricole qui se met en place. Sans se substituer à une agriculture productiviste largement majoritaire (du point de vue des quantités de biens vendus comme de la gestion des territoires), elle prend de l’importance depuis quelques années. En France, 10 % environ des légumes sont vendus en circuits courts et produits par un peu plus de 40 % des maraîchers. Au total, environ 80 000 exploitations françaises sont concernées.
Ces chiffres illustrent une évolution en cours qu’il me semblait intéressante d’étudier. Je n’ai pas grandi dans ce milieu mais j’ai commencé à m’intéresser au monde rural dès mon entrée en master. L’agriculture répond à un besoin vital quel que soit le niveau de technicité de nos sociétés et c’est pourquoi j’ai eu envie de poursuivre sur ce thème là, à la croisée d’une activité ancestrale et des aspirations modernes de nos sociétés. La bourse octroyée par le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche me permet de mener ce travail dans de bonnes conditions et avec une certaine sérénité.
 
Vous avez évoquez les AMAP, mais quels sont les autres « circuits courts » que vous étudiez ?
 
Ils sont très divers. Les plus anciens mais aussi les plus connus sont la vente à la ferme et la vente sur les marchés de plein-vent. Depuis une dizaine d’années sont apparues les AMAP déjà citées et, plus récemment,  la vente sur internet. Il y a aussi l’approvisionnement en direct des restaurateurs ou des cantines (scolaires ou d’entreprise). Enfin, des opérations en lien avec la grande distribution se développent et sont particulièrement intéressantes à étudier dans la mesure où cela remet en cause certaines idées préconçues.
Pour en revenir aux AMAP, figure la plus emblématique des circuits courts, elle est considérée comme une aubaine pour les jeunes producteurs qui s’installent, en offrant une visibilité complète de l’offre à pourvoir et en leur permettant de dégager des marges plus importantes. Cela permet de maintenir une diversité d’agriculteurs, en particulier une agriculture tournée vers le local.
 
Comment abordez-vous cette problématique ?
 
J’ai commencé par identifier les circuits de vente présents sur le territoire de la Communauté d’agglomération Pau-Pyrénées afin de recenser tous les producteurs. C’est par cette entrée, plutôt que par celle des consommateurs, que j’aborde le sujet. J’ai rencontré la majorité d’entre eux et aujourd’hui, je cherche à déterminer les différents profils d’agriculteurs qui participent à ces circuits alternatifs.
Au-delà de la compréhension des motivations individuelles de ces différents acteurs, je cherche à analyser les effets et limites de la vente en circuits courts par l’ajout d’une dimension prospective. Estimer la part des produits locaux dans la consommation des ménages n’est déjà pas une simple affaire mais cela permettrait d’avoir une visibilité sur l’avenir de ces circuits.
D’après mes premiers résultats, on observe l’essor d’un type d’agriculteurs, qui par le biais des filières courtes, s’ouvrent sur l’ensemble de la société. Il ne s’agit plus uniquement de vendre un bien alimentaire, mais également de créer de nouveaux rapports avec le consommateur. Cela traduit la volonté d’ouverture de nombreux agriculteurs vers le grand public. En retour, la place et l’image de l’agriculteur s’en trouve modifiée.
 
Le Pays de Lacq a sélectionné votre projet pour mener à bien une étude équivalente sur leur propre territoire. Sous quelle forme cette collaboration se traduit-elle ?
 
Le « Contrat plus », avenant au contrat doctoral, permet de cadrer une collaboration entre l’université et tous types de partenaires extérieurs. Il s’agit ici d’une mission d’expertise à laquelle le doctorant doit consacrer 32 jours au maximum. Personnellement, je trouve cette expérience enrichissante car elle me permet de participer et d’échanger dans d’autres sphères. Je trouve dommage que ce dispositif soit encore un peu méconnu alors qu’il profite à l’ensemble des parties : la structure d’accueil, le doctorant et l’université.  
 

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