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Université de Pau et des pays de l'Adour

Pau - Géographie : gérer la faune sauvage en Aquitaine, un sujet délicat et passionnant auquel contribuent les géographes

Interview d’Yves Poinsot, professeur des universités en géographie, chercheur au laboratoire SET (Société, environnement, territoire) à l'UPPA et responsable du programme Production, prédation, protection : une contribution géographique pour la gestion durable de la faune sauvage en Aquitaine, financé par la région Aquitaine.

Pouvez-vous nous présenter en quelques mots le programme que vous dirigez ?
"Nous cherchons à apporter notre contribution au défi que l’augmentation numérique de la faune sauvage « banale » pose à la région Aquitaine, comme à d’autres territoires. Cette augmentation du nombre de grands ongulés, ou de certaines espèces d’oiseaux, se traduit par des dégâts aux cultures et aux plantations, mais aussi aux élevages et aux piscicultures. Comment gérer cette faune ? Aux tensions entre chasseurs et agriculteurs ou forestiers, se surajoutent celles opposant les protecteurs de l'ours aux éleveurs par exemple dans les Pyrénées, ou les promoteurs de zonages Natura 2000 aux chasseurs, en de nombreux sites aquitains. D'une dimension surtout économique relative aux dégâts, on est passé progressivement à une dimension territoriale relative aux espaces. C’est sous cet angle que notre travail de géographe s’inscrit."


Dans quel contexte historique s’inscrivent ces enjeux, nombreux et difficiles à concilier ?
"La création des parcs nationaux dans les années 60 a marqué la pénétration en France d'une doctrine de la sanctuarisation, dotant des portions de territoires d'un statut interdisant toute pratique cynégétique et permettant que la reproduction des espèces menacées y intervienne en toute quiétude. Au cours des décennies suivantes, le souci de conservation d'une biodiversité animale mais aussi végétale, a justifié que se multiplient les zonages interdisant la construction comme l'aménagement d'infrastructures (l'autoroute du marais poitevin…), réglementant les usages agricoles et interdisant la pratique cynégétique.
Une vision simplifiée pourrait dire que l'espace français, dans son rapport à la faune sauvage, se réduisait encore il y a peu à trois catégories d'espaces : les sanctuaires, où elle vivait protégée, les campagnes ou la forêt "banale", où elle devenait gibier, et les villes d'où elle était absente."


Quelles sont les évolutions récentes ?
"Les années passant, l'application pratique de cette doctrine s'est vue confrontée à deux propriétés de la faune sauvage : la capacité à transgresser les limites et la faculté d'adaptation de certaines espèces à des biotopes nouveaux (les sangliers se multipliant en des sanctuaires qui ne leur étaient pas destinés mais aussi les chevreuils s'adaptant au mitage périurbain). Ces évolutions ont conduit à éloigner parfois significativement les pratiques des principes de gestion officielles, autorisant par exemple l'abattage de loups pourtant protégés pour préserver les troupeaux, ou encore des "tirs de régulation" sur sangliers au cœur des sanctuaires que constituent les parcs nationaux.
Ces évolutions révèlent ainsi qu'une gestion moderne de la faune sauvage exige de maîtriser de manière combinée la fonction de prédation (qu'assure traditionnellement la fonction cynégétique comme substitut aux grands prédateurs naturels) et celle de protection d'espèces ou de milieux au travers d'espaces. Or, la généralisation des zonages du type "Natura 2000" (qui couvre près de 30 % de la superficie des Pyrénées-Atlantiques par exemple) modifie les conditions territoriales de gestion de la faune sauvage."


Cette thématique de la protection déborde le cadre de la faune sauvage banale. Explorez-vous d’autres facettes de cette thématique ?
"Oui, à travers deux thèses menées au laboratoire, notre but est de balayer un spectre large sur la question de la faune en intégrant l’avifaune migratrice et les espèces protégées. Sébastien Farau travaille sur les conditions d’exploitation des savoirs locaux issus des pratiques cynégétiques pour gérer des milieux et des espèces protégées. Il s’agit d’une étude géographique de l'avifaune des milieux humides girondins au travers des connaissances de ses chasseurs. Caroline Dunesme s’intéresse, quant à elle, aux modalités de protection des espèces menacées dans la nature « banale ». Elle s’intéresse notamment à la manière dont on peut concilier production agricole ou forestière et protection des espèces animales et leurs biotopes. Ces deux thèses prolongent celle menée par François Saldaqui sur les conditions territoriales de gestion des grands ongulés en Aquitaine."

 

 

 

 

 

 


Deux manifestations des dégâts agricoles du sanglier (clichés : F. Saldaqui, avril et octobre 2008)

Photo 1: retournement de prairie (ou boutis) au mois d’octobre. Venant du massif forestier situé au second plan, les sangliers enfoncent la clôture.
Photo 2 : dégâts sur semis au mois d’avril.

  

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