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Université de Pau et des pays de l'Adour

Pau - Mathématiques : le laboratoire de recherche LMAP accueille un post-doctorant russe

Vasily Leonenko

Le laboratoire de mathématiques et de leurs applications de Pau (LMAP) a accueilli pendant le mois de septembre Vasiliy Leonenko, un jeune post-doctorant russe qui vient de terminer sa thèse en mathématiques appliquées à Omsk, en Sibérie Occidentale. Vasiliy a bénéficié d'une bourse du CNRS destinée aux jeunes chercheurs russes, leur permettant de passer un mois dans un laboratoire de recherche français. Il était invité par Marc Artzrouni, enseignant-chercheur à l'UPPA, pour travailler sur un modèle probabiliste de la propagation du SIDA, chez les utilisateurs de drogues injectables. Ce mode de propagation du SIDA pose des problèmes particulièrement aigus en Russie.

Le modèle de simulation  est "individu-centré" en ce sens qu'il permet de simuler (à l'aide d'un ordinateur) le "comportement" de chaque drogué et de chaque seringue.
Un drogué non infecté utilise une seringue choisie au hasard auprès d'un dealer ou d'un cercle de drogués. Si, par exemple, ce cercle possède six seringues et que deux sont infectées, ce drogué a 2 chance sur 6 de choisir une seringue contaminée (probabilité = 1/3). Le choix de la seringue est simulé par l'ordinateur. Même si la simulation conduit au choix d'une seringue contaminée, le drogué n'est pas nécessairement infecté : il y a une probabilité p1 que l'infection passe de la seringue au drogué. L'équipe de recherche a longuement étudié les travaux épidémiologiques existants pour essayer de cerner la valeur de p1. Mais les études sont rares et les estimations varient de 1% à presque 100%. Avec un p1 estimé, l'ordinateur est utilisé à nouveau pour simuler la transmission (si p1=1% alors dans un cas sur 100 on considère que la transmission s'est faite ; avec p1=100%, la transmission sera certaine).

Avec le même cercle, un drogué déjà infecté aura 4 chances sur 6 (probabilité = 2/3) de choisir une seringue non contaminée : celle-ci aura alors une probabilité p2 d'être infectée - avec une transmission aléatoire à nouveau simulée par l'ordinateur. Ce dernier répète l’opération un grand nombre de fois et recense les infections dans le temps. Le programme informatique engendre ensuite des graphes qui permettent de voir l'évolution dans le temps de la maladie (nombre d'infectés, de seringues contaminées, cas d’extinction ou, au contraire, de propagation à l'ensemble des drogués, etc).

Le modèle permet d'étudier et de comparer l'effet de différentes interventions visant à juguler la propagation de la maladie. Une stratégie classique vise à remplacer régulièrement tout ou partie des seringues contaminées par des seringues propres. Cette stratégie est aisément incorporée au programme informatique et permet de déterminer la fréquence et le nombre de remplacement de seringues nécessaires pour faire baisser le taux d'infection d'un pourcentage donné. Cette stratégie de remplacement des seringues contaminées n'a cependant pas les faveurs du gouvernement russe qui préfère des méthodes de dépistage. Celles-ci consistent à tester les drogués : s'ils sont infectés, ils sont traités, ce qui réduit le nombre de personnes infectées. Là encore, le dépistage est facilement simulé par l'ordinateur qui, par exemple, diminuera une fois par mois, le nombre de drogués infectés, de 10%. Le modèle peut ainsi être utilisé pour évaluer l'efficacité de n'importe quelle combinaison de ces deux stratégies. Une version améliorée du modèle peut permettre de prendre en compte les coûts et de déterminer la ou les stratégies les plus économiques.

La collaboration avec le LMAP a été fructueuse et devrait permettre aux responsables de la santé publique en Russie et ailleurs de mieux comprendre les ressorts de la propagation du SIDA parmi la population de drogués - avec, bien entendu, l'ambition de proposer des approches qui permettront de limiter la propagation ou même d'éradiquer la maladie.

Vasiliyi, qui aime la marche et la montagne, a quand même pris du temps pour découvrir la région. Il a pu réaliser quelques balades dans les Pyrénées ou encore sur la Corniche à Hendaye.