Pau - Environnement : vin et développement durable
Une équipe de chercheurs du laboratoire de recherche société, environnement et territoire (SET), composée d’Hélène Douence, de Danièle Laplace-Treyture et de Frédéric Tesson, mène depuis 2007 un projet coordonné par l’Institut scientifique de la vigne et du vin (ISVV) de Bordeaux qui porte sur les relations entre la filière viticole et le développement territorial en Aquitaine.
Dans quel contexte se situe le programme de recherche "Développement durable de la filière et des territoires viticoles" que vous menez ?
Hélène Douence : "Cette filière est soumise depuis une dizaine d’années à une forte crise qui se traduit par de nombreuses faillites et une chute des ventes, principalement du fait d’une baisse mondiale de la consommation, de la concurrence des vins étrangers et d’un étiquetage et d’un classement complexes des vins. Or, en parallèle à cette crise, la filière doit faire face à des injonctions sociétales fortes en faveur d’un développement durable. Ce développement durable concerne non seulement la filière, qui doit respecter l’environnement et les paysages, mais également le territoire d’implantation de ces filières. La question qui se pose est donc de savoir comment combiner préoccupations environnementales et une rentabilité économique suffisante de la filière qui permette de redynamiser la région Aquitaine. Quelles adaptations, quelles mutations doivent être apportées pour parvenir à la construction d’un développement durable de la filière et des territoires ? Voilà un peu le contexte à l'échelle mondiale, et plus locale, dans lequel se posent ces questions viticoles. "
Pouvez-vous nous expliquer à quoi vous vous intéressez dans ce programme ?
Fréderic Tesson : "La gestion d’un territoire viticole est complexe puisque son bon développement se fait au point de rencontre des logiques d’action des collectivités locales au niveau du territoire et des pratiques individuelles ou collectives mises en œuvre par les acteurs de la filière. Le succès des stratégies de développement est corrélé à la capacité des différents acteurs à coordonner leurs actions. L'objectif de notre travail est de chercher s’il existe des liens entre les orientations prises au sein de la filière et celles prises à l’échelle des territoires, si elles sont compatibles et sous quelles conditions : en définitive, c'est la question de la gouvernance de ces "terroirs-territoires" que l'on pose... On étudie notamment la place des paysages dans les différentes stratégies : assiste-t-on à une gestion différenciée des paysages selon les acteurs, et selon qu’ils agissent au sein de la filière ou à l’échelle des territoires, et les deux approches sont-elles alors compatibles ? ".
Danièle Laplace : "L’objet de la recherche est aussi d’analyser l’émergence de processus de patrimonialisation des vignobles et du produit vin. Cette notion de patrimonialisation renvoie à l’idée d’appropriation par un collectif de ressources porteuses de valeurs fortes partagées. C'est sur ces valeurs que se fonderont la production d’une richesse matérielle ou immatérielle. La patrimonialisation permet de consolider un sentiment d’appartenance identitaire, elle peut servir de base à la valorisation d’un territoire et apporter des retombées économiques. Ce qu'on cherche à préciser : quelles sont les modalités de construction de ces processus ? qui les construisent ? quels sont les enjeux en termes de développement de la filière et des territoires ?".
Comment et avec qui travaillez-vous dans le cadre de ce programme ?
"Nous rencontrons notamment de nombreux acteurs de la filière auprès desquels nous menons des entretiens qui nous apportent la matière que nous passons ensuite au crible de nos grilles d'analyse. Nous débattons également entre chercheurs de diverses disciplines à l'occasion de nos rencontres.
Plusieurs équipes travaillent avec nous sur l'axe Filière et développement territorial du projet de l'ISVV : le GREThA, le CERDAC, le CERHIR et l’IRGO de l'université de Bordeaux 4, l’UMR ADES de l'université de Bordeaux 3, l’UPR EGERIE de l’ENITA de Bordeaux (porteur du projet), le CEREBEM de Bordeaux école de Management, et le CEPAGE de l’école supérieure d’architecture et de paysage de Bordeaux".






