Pau - Géographie : arrivée d'un jeune chercheur en géographie sociale et politique de l'environnement et des risques
Un nouveau chargé de recherche CNRS
Julien Rebotier, 29 ans, intégre le laboratoire SET (Société environnement territoire) UMR 5603 CNRS/UPPA.
Quelle est votre citation préférée ?
« Los desastres no son naturales » ("Les désastres ne sont pas naturels").
Ce n’est pas tant une citation qu’une publication au titre accrocheur du réseau de chercheurs en sciences sociales sur les risques : La Red. Ce recueil d’articles scientifiques publié en 1993, tenait alors pour acquis ce qui sera une des grandes avancées de la décennie 1990 des Nations Unies pour la réduction des impacts de désastres naturels, celle qui consiste à ne plus simplement parler de risques naturels mais de risques socio-naturels. Il est vrai que l'étude des risques reposait traditionnellement et pour l’essentiel sur les sciences physiques, centrées sur la détermination et la compréhension des aléas.
Aujourd'hui, quels sont vos principaux intérêts scientifiques ?
Mes recherches portent sur la spécificité des risques urbains en Amérique Latine et sur leur construction socio-spatiale. Il peut s’agir de la construction des risques du fait de l’urbanisation comme, à l’inverse, de la construction de territorialités urbaines auxquelles les risques contribuent.
Les risques sont envisagés comme une double construction sociale, portée à la fois par les conditions de vulnérabilité ainsi que par leurs perceptions et leurs représentations. Dans le contexte profondément inégalitaire des grandes villes d’Amérique Latine, la construction sociale des risques urbains permet de se pencher sur des problématiques politiques urbaines ou de justice environnementale. Posés par l’intensification de l’urbanisation, les risques urbains invitent à interroger les modalités de peuplement propres aux villes dans le continent et les défis socio-environnementaux qu’elles posent, à se pencher sur les modalités de gestion et d’identification des risques urbains (et donc d’instrumentalisation), ainsi que sur la dimension conflictuelle de la construction des risques urbains, des pouvoirs de domination ou de subversion en jeu, sur la possibilité de territorialisations alternatives ou d’émergence de nouvelles « voies » sur la scène locale urbaine, notamment à travers les processus de gouvernance.
Quel a été votre parcours jusqu’à votre intégration au sein du CNRS ?
J'ai réalisé mon doctorat de géographie à l’Institut des Hautes études d’Amérique Latine (IHEAL), Université de Paris III – Sorbonne Nouvelle. J'ai ensuite effectué un post-doctorat à l’INRS, au sein du laboratoire VESPA (Villes et espaces politiques) à Montréal. Je participe à un programme financé par l’ANR, le programme METRALJEUX (recherche comparative de la gouvernance métropolitaine à Buenos Aires, Caracas, Mexico, São Paolo), dans lequel ma contribution concerne particulièrement le logement et la sécurité à Caracas. La pratique des terrains vénézuéliens m'a aussi permis de proposer et de co-animer un observatoire des transformations politiques et sociales, et de coéditer un ouvrage sur le Venezuela contemporain (Le Venezuela au-delà du mythe, 2009, Editions de l’Atelier).
Vous aviez le choix entre plusieurs laboratoires d'affectation. Quelles sont les raisons qui vous ont poussées à choisir le laboratoire SET et l'Université de Pau et des Pays de l'Adour ?
Désireux de réorienter mes travaux jusqu'alors centrés sur les risques, le laboratoire SET s'est imposé comme le centre de recherche qui correspondait le mieux à mes attentes et à mes envies d'ouverture vers la question environnementale d'un point de vue plus général.
J'ai également été séduit par le fait qu'il s'agissait d'une équipe à taille humaine, qui laisse de la liberté, des marges d'innovations. L'équipe est jeune. Avec mes nouveaux collègues nous allons pouvoir approfondir des thèmes contemporains liés à l'environnement et aux risques : géographie sociale de l'environnement, gestion de l'environnement et politiques publiques, risques et adaptation aux changements environnementaux…
Enfin, les conditions de travail privilégiées que propose l'UPPA et l'attrait de la région m'ont conforté dans mon choix.
Avez-vous déjà des pistes de travail ?
Le laboratoire SET vient d'obtenir un financement de l'ANR pour le programme AGES (Approche géographique des services écosystémiques) porté par Xavier Arnauld de Sartre, le directeur adjoint du laboratoire. J'intègre l'équipe chargée de l'étude des politiques publiques liées à l'environnement.
D’ici 2012, un séjour long à Bogota devrait me permettre de jeter les bases d'une coopération avec des partenaires du monde de la recherche et des pouvoirs publics en Amérique Latine (particulièrement à Caracas, Bogota, La Paz). Les questions environnementales, et pas seulement celles des risques seront au cœur de ma démarche. J'espère ainsi contribuer à la projection latino-américaine de l'UPPA.
Contact : julien.rebotier@univ-pau.fr

A Caracas, le quartier Santa Sofia (en bas à gauche de la photo), situé en contrebas d'un talus, est menacé par un glissement de terrain. Ces remblais massifs sont le fait des travaux de terrassement qui ont permis la construction des tours d'habitat collectif (en haut à droite). La terre dégagée sur le sommet des collines, au lieu d'être évacuée de la zone de travaux, à été repoussée sur les versants, constituant autant de remblais meubles... et autant de terrains plats commercialisables pour des constructions plus modestes (position intermédiaire sur le remblai).
La faiblesse structurelle du talus artificiel, l'usage du sol non adapté ou l'évacuation défectueuse des eaux usées se conjuguent dans la production du glissement de terrain qui aujourd'hui menace ce quartier de la capitale vénézuélienne. Dans ce cas, plus que la pente et la structure du sol, ce sont bien les pratiques du secteur immobilier, les logiques marchandes et le laxisme des pouvoirs publics qui sont à l'origine même de l'aléa et plus largement de la situation de risque. En ce sens, les risques ne sont pas - complètement - naturels.






